mercoledì 11 aprile 2018

A piddino che fugge...

(...oggi, in aula, mentre tornavo dalla votazione, mi è venuto in mente, chissà perché - io lo so ma non lo dico - questo passo...)


Dans les années 1812 et 1813, on l’accusait tout haut. L’Empereur en était mécontent, et dans un livre d’histoire, récemment écrit par ordre supérieur, Koutouzow est représenté comme un courtisan intrigant et fourbe, tremblant même au seul nom de Napoléon, et capable d’avoir empêché, par ses doutes, les troupes russes de remporter à Krasnoé et à la Bérésina une éclatante victoire. Tel est le sort de ceux qui ne sont pas proclamés de « grands hommes », tel est le sort de ces individualités isolées qui, devinant les desseins de la Providence, y soumettent leur volonté : la foule les punit d’avoir compris les lois supérieures qui régissent les affaires de ce monde en déversant sur elles le mépris et l’envie.
Chose étrange et terrible à dire ! Napoléon, cet infime instrument de l’histoire, est pour les Russes eux-mêmes un sujet inépuisable d’exaltation et d’enthousiasme : il est « grand » à leurs yeux. Mettez en parallèle Koutouzow, qui, du commencement à la fin de 1812, de Borodino à Vilna, ne s’est pas une fois démenti, ni par une action, ni par une parole, qui est un temple sans précédent de l’abnégation la plus absolue, qui pressent, avec une si rare clairvoyance, dans les événements qui se passent autour de lui, l’importance qu’ils doivent avoir pour l’avenir. Koutouzow est représenté par eux comme un être incolore, digne tout au plus de commisération, et ils ne parlent plus souvent de lui qu’avec un sentiment de honte mal déguisée !… Et cependant, où trouver un personnage historique qui ait tendu vers un seul et même but avec plus de persévérance, et qui l’ait atteint d’une manière plus complète et plus conforme à la volonté de tout un peuple ?
Il n’a jamais parlé des « quarante siècles qui regardaient ses soldats du haut des Pyramides », des sacrifices qu’il avait faits à « la patrie, de ses intentions et de ses plans » ! Encore moins parlait-il de lui-même. Il ne jouait aucun rôle : à première vue, c’était un homme tout rond, tout simple, ne disant que des choses tout ordinaires. Il écrivait à ses filles, à Mme de Staël, lisait des romans, aimait la société des jolies femmes, plaisantait avec les généraux, les officiers, les soldats, et ne contredisait jamais une opinion contraire à la sienne. Lorsque le comte Rostoptchine lui adressa des reproches tout personnels pour avoir abandonné Moscou, en lui rappelant sa promesse de ne pas le livrer sans bataille, Koutouzow lui répondit :
« C’est ce que j’ai fait. » Et cependant Moscou était déjà abandonné ! Lorsque Araktchéïew vint lui dire de la part de l’Empereur qu’il fallait nommer Yermolow commandant de l’artillerie, Koutouzow répondit :
« C’est ce que je venais de dire, » bien qu’un moment avant il eût dit tout le contraire ! Que lui importait à lui, qui, seul au milieu de cette foule inepte, se rendait compte des conséquences immenses de l’événement, que ce fût à lui ou au comte Rostoptchine qu’on imputât les malheurs de la capitale ? et que lui importait surtout la nomination de tel ou tel chef d’artillerie ?
Dans ces circonstances, comme dans toutes les autres, ce vieillard, arrivé par l’expérience de la vie à la conviction que les paroles ne sont pas les véritables moteurs des actions humaines, en prononçait souvent qui n’avaient aucun sens, les premières qui lui venaient à l’esprit. Mais cet homme qui attachait si peu d’importance à ses paroles, n’en a jamais prononcé une seule, pendant toute sa carrière active, qui ne tendît au but qu’il voulait atteindre. Involontairement cependant, et malgré la triste certitude qu’il avait de ne pas être compris, il lui est arrivé plus d’une fois d’exprimer nettement sa pensée, et cela dans des occasions bien différentes les unes des autres. N’a-t-il pas toujours soutenu, en parlant de la bataille de Borodino, première cause des dissentiments entre lui et son entourage, que c’était une victoire ? Il l’a dit, il l’a écrit dans ses rapports et répété jusqu’à sa dernière heure. N’a-t-il pas aussi déclaré que la perte de Moscou n’était pas la perte de la Russie ? et, dans sa réponse à Lauriston, n’a-t-il pas affirmé que la paix n’était pas possible, du moment qu’elle était contraire à la volonté nationale ? N’a-t-il pas été le seul, pendant la retraite, à envisager nos manœuvres comme inutiles, persuadé que tout se terminerait de soi-même, mieux que nous ne pouvions le désirer ; qu’il fallait faire à l’ennemi « un pont d’or » ; que les combats de Taroutino, de Viazma, de Krasnoé étaient inopportuns ; qu’il fallait atteindre la frontière avec le plus de forces possible, et que pour dix Français il ne sacrifierait pas un Russe ? Lui, qu’on nous dépeint comme un courtisan mentant à Araktchéiew afin de plaire à l’Empereur, est le seul qui, à Vilna, ait osé dire tout haut, en s’attirant ainsi la disgrâce impériale, que la continuation de la guerre au delà des frontières était fâcheuse et sans objet. Il ne suffît pas d’ailleurs d’affirmer qu’il comprenait l’importance de la situation ; ses actes sont là pour le démontrer : il commence par concentrer toutes les forces de la Russie avant d’en venir aux mains avec l’ennemi, il le bat, et le chasse enfin du pays, en allégeant, autant qu’il lui était possible, les souffrances du peuple et de l’armée. Lui, ce temporiseur dont la devise était : « temps et patience, » lui, l’adversaire déclaré des décisions énergiques, il livre la bataille de Borodino en donnant à tous les préparatifs une solennité sans exemple, et soutient ensuite, contre l’avis des généraux, malgré la retraite de l’armée victorieuse, que la bataille de Borodino est une victoire pour la Russie, et insiste sur la nécessité de ne plus en livrer d’autres, de ne pas commencer une nouvelle guerre, de ne pas franchir les frontières de l’Empire !
Comment ce vieillard a-t-il pu, en opposition avec tout le monde, deviner aussi sûrement le sens et la portée des événements, au point de vue russe ? C’est que cette merveilleuse faculté d’intuition prenait sa source dans le sentiment patriotique, qui vibrait en lui dans toute sa pureté et dans toute sa force. Le peuple l’avait compris, et c’était ce qui l’avait amené à réclamer, contre la volonté du Tsar, le choix de ce vieillard disgracié comme le représentant de la guerre nationale. Porté par cette acclamation du pays à ce poste élevé, il y employa tous ses efforts, comme commandant en chef, non pour envoyer ses hommes à la mort, mais pour les ménager et les conserver à la patrie !
Cette figure simple et modeste, et par conséquent « grande » dans la véritable acception du mot, ne pouvait être coulée dans le moule mensonger du héros européen, du soi-disant dominateur des peuples, tel que l’histoire l’a inventé !… Il ne saurait y avoir de « grands hommes » pour les laquais, parce que les laquais entendent mesurer les autres à leur taille ! 


(...naturalmente anche qui avremo dei mécontents. Ma il popolo ha capito, e chi c'era lo sa...)

7 commenti:

  1. Io, che non sono il popolo (non è arroganza né falsa modestia) ho capito solo grazie a questo brano.
    La letteratura serve e, al pari di essa, servono i Senatori colti, oltre che avveduti.

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  2. "Il movimento dell'umanità, essendo l'espressione di un numero infinito di volontà umane, si compie in modo continuo." Finalmente abbiamo un Europeo in parlamento.

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  3. Ciao, è un brano scritto da chi?
    Grazie

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    1. Secondo me è Guerra e pace, ma non è un pezzo che riconosco (non ci sarò arrivato).

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    2. Quarto libro, quarta parte, quinto capitolo. Il terzo e quarto libro di Guerra e Pace andrebbero fatti leggere, come esame preliminare, a chiunque voglia proferire la parola 'Russia' in pubblico.

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  4. Mi faccia capire: lo legge in francese perché le traduzioni italiano fanno schifo?
    Ne ho una della Garzanti che traduce questo passo in maniera, a mio avviso, pedestre. Viene meglio col traduttore automatico del browser e qualche ritocco a occhio leggendo il francese.

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